GORDON 1540.A74

Les sept Pseaul- / mes de la penitence de / DAVID, / par / PIERRE ARETIN. / Traduictz d¹Italien en langue Francoise, [mark of S. Gyphius] A Lyon chez Seb. Gryphius. / M.D.XXXX.

[Pencilled in on flyleaf: Jean de Vauzelles, 1 seul ex. coté par Baudrier (VIII-138), à l¹Arsenal. Brunet I 403]


Preface:

A DAME FRAN= / COYSE DE LA RIE, RE= / ligieuse soeur du Convent de saincte / Clere de Grenoble, Salut / d¹ung vray zele.

Les pallais superbes, les services de Noblesse Israëlitique, les royaulx accoustrementz, l¹arroy, les delices, la pompe, les triumphes, les festins, les honneurs, & toutes ces aultres mondanitez des Princes abandonnees du Royal Psalmiste, pour solitairement en la fosse de penitence faire la court au Roy du Ciel & de la Terre, & luy demander misericorde de l¹homicide par luy conioinct avec adultere, qui debvoyent estre par Famine, Guerre, ou Peste expiez & puniz, Treschere & religieuse soeur, m¹ont incité à vous plus qu¹à nulle aultre, addresser ceste mienne traduction de la paraphrase Aretine, faicte sus les sept Pseaulmes penitenciaulx. Pour autant que passant la court à Grenoble, pareillement l¹abandonnastes, & toutes ses vanitez, pour vous enfermer & clorre au trespovre cloistre de saincte Clere, non dissemblable en penitence à celle de David, sinon que la sienne ne fut continuee en sa caverne toute sa vie, comme la vostre est en ceste tres= [4] saincte religion, en laquelle estes entree, non pour craincte de Guerre, Famine, ou Peste, mais pour vous rendre, avec admiration de tous ceulx qui vous congnoissoyent, de mondaine, en religieuse : de Damoiselle tresprisee, en tresvile servante : de gorriere, en simple : de coincte, en mal adornee : de curialle, en claustralle : & prendre pour liberté, obeissance : pour passetemps, afflictions : pour richesse, povreté : & mectre vostre chasteté en l¹asseurance de la nef du convent, non assubiectie aux naufrages & tempestes des mondains honneurs. Et ce faisant, avez porté manifeste tesmoignage des bonnes & sainctes moeurs, par vous recueillies & apprises, soubz la maistrise de ce miracle de nature, nostre Royne de Navarre : les admirables vertus de laquelle, equiparees aux grandes seigneuries & biens de fortune qu¹elle ha, sont trespovrement recompensees veu que combien qu¹elle soit une des Princesses des plus heureuses de ce monde, ne fust que pour estre soeur unicque de ce Roy tant Roy, Espouse du plus Royal des Royaulx, mere d¹une ieune Princesse d¹autant grande expectation que dame de Chrestienté : neantmoins Fortune ne la garde de devenir impotente à la charité qu¹elle desiroit faire à la compassion de tous ceulx qui à elle recourent, & que elle peult sçavoir estre necessiteux. Dont est à croire, qu¹en servant une si reformee Royne, & si sainctement vivante en sa reiglee court, que la essayastes la reigle, de laquelle feistes puis pro [5] fession, quand de vouloir & de faict offristes feuilles, fleurs, & fruicts, au service d¹une trop plus asseuree et souveraine court. Que voulust Dieu que ie vous ouisse deschiffrer quelque peu, de la difference de l¹ung et de l¹autre estat, Mon dieu, quelz dangiers, quelz malheurs, quelz labyrinthz de confusion monstreriez vous avoir veu en celuy ou tant de gentz aveuglez s¹abusent ? Et au contraire qu¹il vous seroit bel ouir expliquer, comment ung tel et si sainct estre, auquel est le contentement de ceulx qui voyent mieulx des yeulx de l¹ame que du corps, est si excellent que nul Roy n¹Empereur ne le scauroit ameilleurer. Car le cloistre auquel avez de franche volunté enclose vostre personne, est de trop plus grande latitude et espace que la rotundité du Ciel, auquel la Lune prend ses accroissementz et descreues : et qui plus est, c¹est le modelle du Paradis, lequel vous vous scavez tant bien procurer : aux murailles duquel, si les assaulx Sathaniques y approchent, sont repoussez incontinent par le guet de la devote et intentive oraison. Vous certifieriez comment la n¹ha que faire venin n¹empoisonnement, trahison ne tyrannie. Et comment, la perd toute raison, le temps, et la mort : car l¹envieillir, et le mourir tant s¹en fault qu¹ilz ne vous constristent, que leurs exploictz vous sont sus toutes choses desirables, pour plus tost veoir face à face ce divin espoux, non encores qu¹en figure contemplé. O cher, trois et quatre fois bienheureuses [6] soeurs et plus que clairement clarifiees clergesses de vostre Patronne saincte Claire, la doctrine saincte et imitation de laquelle vous apprent à esprouver une paix non esprouvee, et en vivant en ce miserable monde ia converser aux Cieulx, quelle envie auroit on à vostre tranquille felicité si elle estoit au vray de chascun comme elle est de vous congneue ? Courtisanent tant que vouldront ceulx qui scaivent supporter les suspecons, les soulciz, les fascheries, les dissimulations, les envies, les maulvais et bons visaiges, les eaues benoistes de court : car leur repos est sans repos, leur ioye sans ioye, et toute leur paix une continuelle guerre, de malheureuse ambition : la ou tout au rebours vous advienne en voz petites cellules, pacifiques oratoires, et asseurez dortoirs, ausquelz les heures que desrobez au sommeil, la viande que cachez à la faim, les plaisirs desquelz vous privez la volupté, vous endorment, vous repaissent, et vous contentent : voire la necessité et insupportable indigence de ceste vostre tant povre religion, vous est trop plus souffisables, de la court. Malheur pour nous si les larmes et les devotes voix de tant de religieuses religions ne fussent de l¹authorité que le sainct esperit qui les inspire, veult, qu¹elles soyent les fuittes ou empesches des infidelles, les accordz des Princes, la fertilité des biens de la terre, la salubrité de l¹aer, la preservation des calmitez et malladies, l¹appaisement des [7] guerres : dont derivent elles, fors des merites des sinceres pensees, et des coeurs iustes et religieux ? Iamais nul bon Chrestien n¹entra dans l¹eglise, administree des filiastres de la vierge Marie, qu¹il ne sente la suavité de l¹odeur que respire la saincteté des espouses de Dieu, qui la font : voire ce pendant que i¹en devise, me sens tout reconforté de ie ne scay quoy de sacré, et de sanctitude, qui passe en l¹ame, si tost que ie arrive es sainctz, et reformez cloistres de leur demeure, ainsi que entre dedens le nez la suavité des rozes soubdain que lon arrive ou elles florissent. Et n¹ya chose, comme ie croy, qui mieulx ressemble le chant des Anges, que ouyr ces sacrees dames chanter leurs divins offices, avec lesquelz r¹appaisent l¹ire de Dieu, en le esmouvant à nous pardonner noz faultes. Donc par l¹esperance que i¹ay en la ferveur de voz voeux par le merite des sainctes oeuvres esquelles i¹ay ouy dire vous exercer iour & nuict, vous supplie impetrer santé d¹esperit, et salut de l¹ame à celuy qui en faveur vostre et de voz semblables soeurs, ha ceste Italique paraphrase de l¹Aretin, faict parler en la Gallique, affin que ceulx qui n¹entendent l¹Italien, ne fussent privez de la consolation spirituelle tant divinement extraicte desdictz Pseaulmes : laquelle leue et goustee poeut reduire tous devotz, à l¹heureuse penitence de David, lequel en ce livret pourrez contempler au vif, et quasi comme si estiez presente, quand si serventement il se esioussoit en ses [8] plainctes, et plouroit en ses ioyes, devant celuy qui seul avoit le pouvoir de l¹inspirer à ce, comme il vous a inspiree et inspire tous les iours, en ce sainct convent, prison heureuse de tant de religieuses dames : aux devotions desquelles et de vous humblement me recommande.


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